Vos différentes traditions de design se reflètent-elles dans le luminaire ?
Enrico Fratesi : « Il s'agit pour nous d'une partie intégrante du processus de conception, il est donc difficile d'affirmer que telle ou telle caractéristique est basée sur telle ou telle tradition. Mais l'esprit de simplicité et le respect de l’authenticité de l’éclairage sont bien danois. »
Stine Gam : « Notre volonté d’intégrer un diffuseur dans la lampe découle de notre respect des études réalisées par Poul Henningsen. Et de l'intérêt que nous accordons à la lumière indirecte. Nous apprécions le fait de ne pas voir l’ampoule et de n'être pas ébloui par l'éclairage. Les lampes italiennes sont souvent conçues différemment : des lampes expressives avec des ampoules apparentes. Avec un diffuseur, la source de lumière est cachée, ce qui rend l’éclairage assez magique. »
Enrico Fratesi : « L’approche italienne consiste toujours à repousser les limites du design. Dans ce cas, nous voulions créer quelque chose que Louis Poulsen n’avait jamais fait auparavant, et j'évoque ici le défi technique complexe d’intégrer un mouvement aussi bien vers le haut que vers le bas. Nous voulions ainsi faire progresser Louis Poulsen . Mais tout en respectant l’ADN de l’entreprise : ses couleurs, ses formes et sa lumière indirecte. »
Stine Gam : « Les Italiens sont très fiers de leurs inventions. Ils savent relever les défis techniques, en particulier lorsque cela implique une part d’innovation. »
La tradition italienne est-elle représentée par Enrico tandis que vous, Stine, représentez la tradition danoise ?
Stine Gam : « Pas tout à fait, parce qu’on peut parfois discerner autre chose dans la culture de l’autre personne lorsque l'on adopte une perspective extérieure. Mais à bien des égards, c’est probablement moi qui apporte la contribution danoise : la part rationnelle, réfléchie, l’approche analytique. J’ai toujours envie de repenser le processus, alors qu’Enrico est probablement plus dynamique et travaille davantage le rendu esthétique. Alors que je suis plutôt en retenue, lui veut faire avancer les choses. Ceci dit, on peut nous considérer comme des archétypes représentatifs de nos propres cultures. »
Utilisez-vous d'autres influences tierces en tant que caisses de résonance, hormis celles portées par vous et votre client ?
Stine Gam : « Non, notre travail – mobilier et éclairage – est presque une obsession pour nous. Nous en parlons beaucoup. Et nous y pensons beaucoup. »
Enrico Fratesi : « Cela s'est presque toujours passé entre nous deux, il serait donc probablement difficile pour une personne tierce d'intégrer ce processus. Nous nous comprenons implicitement sans avoir à tout mettre en mots. Nous comprenons les croquis de l'un et de l'autre, même lorsqu’ils ont été exécutés très rapidement et qu’ils ne sont pas clairs pour les autres. Nous sommes également très différents. Ce qui ne nous empêche pas de dialoguer et en fin de compte, de toujours trouver quelle voie emprunter. Il serait presque impossible pour un tiers de jouer un rôle dans ce processus. »
Stine Gam : « Nous sommes parfaitement conscients que le design des meubles doit être conçu pour une longue durée de vie. C'est donc une grande responsabilité de concevoir un luminaire tel que celui-ci. Il doit résister à l’épreuve du temps, c’est la raison pour laquelle nous accordons autant d’attention à chaque détail. Le processus est différent de celui d'une exposition durant, par exemple, une semaine– vous pouvez alors vous permettre d'être plus librement expressif. Un meuble exige en revanche beaucoup de précision et une approche critique. »
Vous êtes en couple dans votre vie privée : est-ce que vous vous imposez des règles sur le fait de ne pas travailler lorsque vous êtes à la maison ?
Stine Gam : « Non, et cela fonctionne très bien ainsi. Nous nous retrouvons souvent à la table à manger pour discuter d’un détail particulier, et une fois que les enfants sont au lit, notre attention peut revenir sur le cas d'une petite vis, par exemple, qui a besoin d’être raffinée – c’est comme ça tout le temps. C’est cependant merveilleux que votre partenaire comprenne vraiment ce que vous faites et soit également capable de reprendre certaines idées et travailler dessus. »
GamFratesi a conçu le concept de luminaire Yuh pour Louis Poulsen. Il se compose d’une lampe de table, d’un lampadaire et d’une applique murale qui sont tous disponibles en blanc ou en noir.